Archive pour la catégorie 'actualitĂ©s'

L’agence Keystone se fait tancer

Vendredi 27 août 2010

C’est une sentence sans appel qu’a rendue le Conseil suisse de la presse dans l’affaire des photos de sport à caractère publicitaire diffusées par l’agence Keystone en tant qu’images ordinaires. «Keystone a violé le chiffre 10 de la «Déclaration des devoirs et des droits du/de la journaliste», qui interdit de confondre le métier de journaliste avec celui de publicitaire», lit-on dans la prise de position du CSP rédigée le 24 août.

Le 9 février 2010, La Liberté publiait une enquête démontrant que des photos de sport diffusées par l’agence de photos Keystone étaient en fait commandées par des grandes entreprises suisses. Une supercherie opérée par le biais de la filiale de Keystone «Photopress» dont un document présente, par exemple, le skieur Silvan Zurbriggen en plein schuss sous la pub rouge pétant d’un groupe laitier.

Dans la foulée, l’association professionnelle de journalistes Impressum déposait une plainte auprès du Conseil suisse de la presse (CSP), l’instance de contrôle de l’éthique journalistique. Pour Impressum le manque d’étanchéité entre photojournalisme et photopromotion montre «un système qui, à large échelle, diffuse de la publicité déguisée».

«La publication de photos commerciales, détaille le CSP, n’est admissible que si elle s’inscrit dans une totale transparence. En l’occurrence, il est indispensable que la dénomination «image commerciale» soit nettement indiquée sous l’illustration. En diffusant des photos publicitaires sur son fil, Keystone n’a pas pratiqué cette transparence; l’indication «Photopress» n’était pas assez explicite, ni pour les rédactions, ni a fortiori pour le public».

A la suite de la plainte d’Impressum, Keystone a adapté sa pratique en accompagnant la signature de l’indication «Image commerciale».

Article paru dans La Liberté du 27 août 2010

La Méduse

La presse ne fait pas son boulot mais chut!

Dimanche 15 août 2010

L’Université de Zurich publie une étude sur les médias sous la direction du sociologue Kurt Imhof. Les conclusions sont navrantes: l’esprit superficiel des journaux gratuits envahit la presse qui ne fait pas son boulot. Résultat: la démocratie pâtit d’un manque de transparence et de conscience civique. L’issue dramatique de certaines votations fédérales, comme celle sur les minarets, en constituent des exemples éloquents.

Le travail des chercheurs zurichois est sérieux et scientifique. Mais cela n’empêche pas certains médias de le sous-estimer. Interrogé par l’ATS, le président des éditeurs suisses Hanspeter Lebrument conteste les arguments contenus dans la recherche. De son côté, la Radio romande a interrogé Tristan Cerf, l’ancien rédacteur en chef du gratuit « 20 Minutes » qui fait part de son optimisme face à l’évolution de la presse. Autant demander au président de BP de commenter l’utilité des plates-formes pétrolières dans le monde.

Révélatrice est aussi la reprise de la nouvelle dans la presse écrite. « La Liberté » en fait quasiment une page. Idem pour la NZZ. La plupart des autres titres n’en pipent mot. Si cela vous étonne, regardez qui contrôle lesdits silencieux. Ils appartiennent tous au groupe Tamedia, propriétaire de… « 20 Minutes ».

La Méduse

Info conso dans les médias

Vendredi 25 juin 2010

L’Ă©mission MĂ©dialogues, sur La Première, a consacrĂ© une sĂ©quence Ă  Mathieu Fleury, secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de la FĂ©dĂ©ration romande des consommateurs, au lendemain de l’assemblĂ©e gĂ©nĂ©rale d’Info en danger qui l’avait invitĂ© Ă  s’exprimer. A Ă©couter ici.

Google News: les journalistes ne participent pas Ă  la fĂŞte

Dimanche 28 mars 2010

Sept milliards de dollars. C’est la bagatelle engrangée par AdSense, la régie publicitaire de Google. Et cinq milliards est la somme que Google reverse aux propriétaires des sites internet qui font appel à AdSense. Ces chiffres ont été communiqués le 26 mars 2010 par un cadre de Google au congrès des journalistes suisses à Lausanne.

Les journalistes aimeraient bien savoir ce que récupèrent les éditeurs de journaux qui sont très discrets sur ce point-là. Comme ils le sont concernant la part qu’ils touchent du fait de la reprise par Google News, le service en ligne gratuit de Google, des articles figurant sur leurs sites.

Le gâteau publicitaire émigre du papier vers la toile et les agences de presse en bénéficient aussi. L’AFP et l’ATS, notamment, ont conclu des contrats avec Google. Mais ces agences ne révèlent pas les montants qui leurs sont rétrocédés du fait de la reprise des dépêches par Google News.

Sous-payés, victimes de charrettes, les journalistes s’interrogent: ce sont eux qui fournissent l’essentiel de l’information, pourtant ils ne participent pas à la fête.

La Méduse

Qualité des médias: impressum interpelle les rédactions en chef

Dimanche 28 mars 2010

Lors de l’assemblĂ©e de ses dĂ©lĂ©guĂ©s, rĂ©unie Ă  Lausanne le 26 mars 2010, l’organisation faĂ®tière des journalistes impressum a publiĂ© la rĂ©solution suivante qui reprend notamment un thème cher Ă  Infoendanger:

«L’AssemblĂ©e des dĂ©lĂ©guĂ©s d’impressum constate avec souci que la crise actuelle des mĂ©dias et les changements structurels dans les mĂ©dias ont pour consĂ©quence que l’indĂ©pendance, la qualitĂ© et la fonction sociale des mĂ©dias sont mises en danger:

  • Les budgets rĂ©dactionnels et les budgets pour les mandats aux Libres sont rĂ©duits de manière choquante et entravent ainsi un compte-rendu d’actualitĂ© de qualitĂ© et indĂ©pendant.
  • La convergence entre mĂ©dias limite la diversitĂ© d’opinion.
  • Il y a des tendances Ă  mĂŞler pour des raisons Ă©conomiques publicitĂ© et information.

impressum demande en raison de ce qui précède:

Les rĂ©dacteurs en chef s’engagent Ă  assumer leur responsabilitĂ© journalistique et reprĂ©senter les intĂ©rĂŞts de la rĂ©daction face aux Ă©diteurs. Les Ă©diteurs doivent accorder Ă  leur tâche principale, la qualitĂ© du journalisme, la plus haute des prioritĂ©s.

  • Les coopĂ©rations entre les mĂ©dias (aussi Ă  l’intĂ©rieur des entreprises mĂŞme), la convergence et la tendance aux Newsrooms, ne doivent pas mener Ă  ce que diffĂ©rents mĂ©dias publient les mĂŞmes opinions et perspectives.
  • Les budgets pour les mandats aux Journalistes Libres ne doivent pas ĂŞtre rĂ©duits davantage, et les utilisations multiples sans rĂ©munĂ©ration doivent ĂŞtre stoppĂ©es.
  • La DĂ©claration des devoirs et des droits des journalistes doit ĂŞtre respectĂ©e. Les Ă©diteurs, la SRG SSR idĂ©e suisse et les rĂ©dacteurs en chef doivent en prendre conscience, en respectant strictement leur propre Code de conduite»

Collusion entre service photographique et publicité: plainte au Conseil de la presse

Jeudi 18 février 2010

L’organisation professionnelle des journalistes suisses impressum va saisir le Conseil suisse de la presse dans l’affaire Keystone. Comme le rĂ©vèle La LibertĂ© dans son Ă©dition du 9 fĂ©vrier 2010, cette agence de presse contrĂ´lĂ©e Ă  hauteur de 40% par l’ATS diffuse des photographies commerciales sous couvert d’images d’information ordinaires.

Un tel procĂ©dĂ© pourrait contrevenir Ă  la DĂ©claration des devoirs et droits des journalistes dont l’article 10 interdit de confondre le mĂ©tier de journaliste avec celui de publicitaire. Cette disposition impose au journaliste de n’accepter aucune consigne, directe ou indirecte, des annonceurs publicitaires. Cette dĂ©claration est reconnue par les Ă©diteurs suisses qui sont Ă  la fois les clients de Keystone et les propriĂ©taires de l’ATS.

En 2007, le Conseil de la presse, statuant sur une plainte dĂ©posĂ©e par l’association info-en-danger, a dĂ©noncĂ© l’amalgame croissant des messages rĂ©dactionnels et publicitaires.

De son cĂ´tĂ©, Presse Suisse, l’organisation des Ă©diteurs regroupant les principaux journaux romands, s’est dotĂ©e en 2008 d’un Code Ă©thique manifestant la volontĂ© des signataires d’adopter «une transparence totale» Ă  l’Ă©gard du public. Presse Suisse ajoute que ses membres «veilleront Ă  ce que les consommateurs de mĂ©dias soient toujours en mesure d’identifier quels contenus sont de nature rĂ©dactionnelle et lesquels sont influencĂ©s commercialement, c’est-Ă -dire financĂ©s par des tiers».

impressum demande que ces dispositions ne restent pas lettre morte d’oĂą la plainte qu’elle entend dĂ©poser auprès du Conseil suisse de la presse.

(Communiqué de presse du 10 février 2010)

Dans les médias, Federer est devenu une chose. Quel abus!

Vendredi 11 décembre 2009

L’un des drames des sociĂ©tĂ©s Ă  rĂ©gime monomaniaque et Ă  valeur unique, comme l’est le système capitaliste, est que les mĂ©dias nous soumettent Ă  une manipulation permanente, sans que nous ne puissions rien faire d’autre que d’ĂŞtre lucides dans la mesure du possible. D’oĂą l’expression d’une irritation ou rĂ©volte, comme l’on veut, contre cette manipulation. Ce qui n’est pas si facile que ça. Sinon on se retrouverait en nombreuse et heureuse compagnie…

Sur la federeromania, L’IllustrĂ© de cette semaine nous fournit un petit complĂ©ment qui montre bien Ă  quel point le problème est aigu.

En couverture: la figure dudit federer (si je mets une minuscule, ce n’est pas pour diminuer la personne. Ca veut dire que pour moi, federer est devenu chose, comme lame de rasoir, montre ou voiture). Visage grandeur quasi nature, regard qui se perd dans l’horizon infini.

Et le texte! “Fascination Federer Psychanalyse d’une nation en extase.”

Quel abus! Quel viol de la conscience des individus normaux! (Je rapproche cela de FrĂ©dĂ©ric Mitterrand Ă  propos de Polanski: “Je pense que tous les Français doivent ĂŞtre avec Polanski dans cette Ă©preuve.”)

Federer federer tout est federer

l’information: tout est fait divers
l’information: tout est federer

Passe-moi les jumelles:
federer boit son café
federer achète à crédit
federer langoureux regarde l’horizon

Federer, y es-tu? que fais-tu?
Je mets ma montre
Federer, y es-tu? que fais-tu?
Demande Ă  mon costumier

A la télé, au stade,
Les millions regardent federer
et federer compte les millions
Pourquoi ?
Parce qu’aujourd’hui, tout n’est que racket

Federer et son fou rire
c’est fou ce que ça fait rire

Federer malade, mono mono
L’information, mono mono

Federer au filet federer entre les jambes federer amorti
federer, qu’il est bon !
l’information, quelle indigestion !
rots rots rots Rodgeur

federer federer tout est fait d’erreurs

Bernard Walter

Licenciements chez Edipresse: la couverture contrastée des médias

Vendredi 6 novembre 2009

Il n’est pas inintĂ©ressant d’observer comment les mĂ©dias ont couvert la colère des journalistes après les licenciements massifs chez Edipresse. Très logiquement, La LibertĂ© et Le Courrier, des journaux qui n’appartiennent pas au groupe lausannois, ont accordĂ© de larges espaces aux Ă©vĂ©nements des derniers jours. 20 Minutes et 24 Heures ont publiĂ© une belle photo du dĂ©filĂ© du 4 novembre Ă  l’avenue de la Gare. Le Temps s’est limitĂ© Ă  une brève et Le Matin a passĂ© complètement sous silence la manifestation Ă  laquelle participaient pourtant nombre de ses employĂ©s. CĂ´tĂ© audiovisuel, le comportement a Ă©tĂ© tout aussi contrastĂ©. La TSR Ă©tait très prĂ©sente lors du sit-in en dessous de la tour Edipresse, puis l’après-midi devant l’imprimerie Ă  Bussigny. En revanche la Radio ne s’est manifestĂ©e que par une couverture sporadique. Le silence a mĂŞme Ă©tĂ© assourdissant dans certaines Ă©missions grand public. Vive la solidaritĂ©!

Sauvez les photographes!

Vendredi 6 novembre 2009

La journée de jeudi 5 novembre 2009 a été placée sous le slogan: «Debout pour la défense du journalisme!».

Des reprĂ©sentants des associations concernĂ©es ont presentĂ© une pĂ©tition Ă  Presse Suisse  et ont invitĂ© cette organisation d’Ă©diteurs Ă  ouvrir un dialogue direct entre les photographes et les Ă©diteurs.

Remise de la pétition

Il s’agit de sauver la photographie de presse qui est menacĂ©e par les conditions toujours plus prĂ©caires dans lesquelles doivent Ă©voluer les photographes - en particulier les libres.

Licenciements chez Edipresse: le rythme fatal*

Mardi 3 novembre 2009

Terminée, la crise? Allez le raconter aux autres, pas aux journalistes! Ni aux imprimeurs. Encore moins aux régies d’annonces. Et dire que la publicité est censée devancer l’évolution conjoncturelle! D’autres secteurs n’auraient donc encore rien vu?

Les médias mangent leur pain noir. Comme la couleur du nuage qui s’est échappé des soutes du navire amiral Edipresse, il y a quelques jours. Deux explosions dans un transformateur enchaîné aux chevilles du colosse ont suffi à déstabiliser l’alimentation en électricité du centre de Lausanne. Cette âcre fumée était aussi un mauvais présage.

Edipresse sacrifie 10% de ses effectifs et Tamedia prétend n’être pour rien dans ce carnage. On veut bien, mais il faut quand même faire preuve de naïveté pour croire que le groupe zurichois se tient en observateur absolument passif. Pourquoi ses comptables attendraient-ils jusqu’en 2011, date de la remise du trousseau de clés au complet, pour demander l’accès aux passages secrets de l’empire lémanique? Tout acquéreur sensé, surtout s’il débourse plusieurs centaines de millions, vérifie tout de suite l’état réel de santé de sa nouvelle conquête. Que découvriront les inspecteurs de M. Subino, le patron de Tamedia? Nul ne le sait encore, mais ce ne sera certainement pas l’antre de Crésus.

Ce massacre du 9 octobre restera gravé dans les mémoires car le cas d’Edipresse n’est malheureusement pas isolé et symbolise la fin d’une ère pour la presse romande. Celle où les journaux parvenaient à octroyer à leur personnel des conditions de travail décentes, compatibles avec les exigences d’une information crédible.

Suppressions d’emplois, mises à la retraite anticipée, non-remplacements et autres dommages irréversibles pour cause de mobbing s’enchaînent aujourd’hui partout à un rythme fatal. Cumulées, ces entraves rendent la mission civique des journalistes impossible.

Christian Campiche

* Article paru dans La Liberté du 10 octobre 2009, dans la revue EDITO (No 4 2009) et sur le site www.lameduse.ch