Archive pour la catégorie 'exemple(s) de malinfo'

Le copain du fabricant de meubles Ă  la rescousse

Lundi 30 novembre 2009

Dans les Ă©ditions du samedi de 24 Heures, de plus en plus d’articles mĂ©langent contenu rĂ©dactionnel et promotionnel. Ainsi l’Ă©dition du 31 octobre 2009 fait-elle la gloire de la bibliothĂšque de rangement «Billy» d’un gĂ©ant suĂ©dois du meuble Ă  construire chez soi.

Pour ĂŽter au lecteur l’impression d’avoir affaire Ă  un publireportage dĂ©guisĂ©, le journal pousse l’investigation Ă  son comble en demandant son avis Ă  Pierre Keller, copain du patron de la boĂźte suĂ©doise en question qui a fait un don de 500′000 francs Ă  l’ECAL… que Keller dirige. Lequel Keller nous fait cette rĂ©vĂ©lation Ă  couper le souffle: «Je n’ai plus de Billy. Mais j’en ai eu plusieurs!».

A force de supprimer des postes de journalistes, Edipresse va toucher le fond. La mal-info reprend de la vigueur.

Yves Sancey

(Article paru dans m-magazine, le journal de comedia, N° 11 - novembre 2009)

«Le Temps»: Santé, M. Burkhalter!

Samedi 31 octobre 2009

SantĂ©, M. le nouveau Conseiller fĂ©dĂ©ral! Le Temps Ă©lectronique du 30 octobre 2009 publie un article sur Didier Burkhalter (accĂšs gratuit, mais il faut s’enregistrer) contenant de la publicitĂ© un peu dĂ©placĂ©e. Le nom d’un domaine viticole neuchĂątelois devient un lien http://www.chateau-auvernier.ch/ qui mĂšne au website de l’entreprise. Un petit service Ă  un copain ou le rĂ©sultat d’une bonne petite bouteille?

Nos lecteurs nous signalent

Lundi 21 avril 2008

Matin Bleu, lundi 14 avril, page 18

“Le challenge: ils ont 4 semaines pour redevenir fit” - Le Matin bleu en fait mĂȘme sa manchette “Comment retrouver sa ligne en 4 semaines avant l’Ă©tĂ©” ou un truc du genre. A l’intĂ©rieur, rien, aucun tuyau pour retrouver sa ligne, mais “Un mois pour retrouver la forme, voilĂ  le programme proposĂ© hors abonnement par les centres Holmes Place…Un dĂ©fi relevĂ© par 4 journalistes du Matin Bleu”. Bref, de la pub, encore de la pub, et rien que de la pub.

Issu du trÚs vénérable Hebdo, du 3 avril 2008

En une “Le dollar Ă  un franc, comment en profiter: ipod, mode, voyages, etc”. A l’intĂ©rieur, pas un mot sur les voyages. Des droits de douane, mais pas de voyage Ă  proprement parler. La une pourrait faire croire qu’on va nous dire comment voyager Ă  bas prix aux Etats-Unis…

L’IllustrĂ© du 6 fĂ©vrier

En couverture, Carla Bruni (of course) avec une accroche “La premiĂšre dame de France a Ă©tudiĂ© en Suisse”.

A l’intĂ©rieur, l’Ă©dito consacrĂ©e Ă  la Carla (jusque lĂ , pourquoi pas) + 7 pages (si!) de dossier. Le hic, on retrouve bien un paragraphe intitulĂ© “ScolaritĂ© en Suisse” mais voilĂ  ce qu’on y trouve “[…] dans le Var, oĂč Carla va grandir heureuse avant de partir effectuer sa scolaritĂ© en Suisse. Elle gagne ensuite Paris…”

Rien, on n’apprend rien du tout: oĂč en Suisse a t-elle Ă©tudiĂ©, qu’y a t-elle Ă©tudiĂ©, en quelle annĂ©e… Bref, l’accroche pour le badaud et ensuite, une info qui se dĂ©gonfle d’elle-mĂȘme.

Arnaque au Matin bleu

Mardi 31 octobre 2006

Affichette Matin bleuLe Matin Bleu, 30 octobre 2006

Lundi 30 octobre, le Matin bleu titrait son affichette “Attention: arnaque Ă  la carte bonus!” Bigre, vite lisons l’article, page 3, titrĂ© “Nouvelle arnaque dans les transports publics: le trafic des cartes Ă  bonus”. On imagine le pire car, pour celles et ceux qui l’auraient oubliĂ©, arnaque signifie “escroquerie, vol”, et par extension “artifice, tromperie”. Le Matin bleu a donc levĂ© un liĂšvre. PremiĂšre phrase: “Les femmes qui achĂštent des billets de bus aux distributeurs avec une carte bonus pour les revendre aux passagers procĂšdent en toute lĂ©galitĂ©”. Ah bon.
Qu’en est-il alors du “trafic”, qui veut dire dans son sens moderne “commerce plus ou moins clandestin, honteux et illicite”?

L’articulet nous apprend simplement que des femmes proposent aux voyageurs des Transports publics genevois (TPG) de tirer, au moyen d’un abonnement, le titre de transport qu’ils s’apprĂȘtent Ă  acheter, pour en encaisser le prix. Elles “gagnent” ainsi 4 francs par abonnement de 50 francs.

De trafic pas l’ombre, ces dames rendent mĂȘme un fier service aux voyageurs dĂ©munis de monnaie en leur fournissant billet… et monnaie. Ce que les distributeurs ne font pas, et ça c’est une vraie arnaque. Mais ça, ce n’est pas dans le Matin bleu.
MĂȘme la porte-parole de la police l’assure, “ses (sic) femmes agissent dans la lĂ©galitĂ©”. De plus, apprend-on, “contrairement aux idĂ©es reçues, ces personnes ne se font pas d’argent sur le dos de l’aide sociale, car l’Hospice gĂ©nĂ©ral dĂ©livre uniquement des abonnements nominatifs”.

Pas de sujet donc, mais il ne reste plus qu’Ă  ajouter une louche de perfidie en prĂ©cisant qu’il s’agit “la plupart du temps” de femmes “d’origine Ă©trangĂšre” pour faire la connection avec arnaque et trafic, et voilĂ  le travail.

On imagine l’effet de ces affichette sur la place Cornavin, ce lundi 30 octobre. Mais quelle importance de calomnier les pauvres gens, on est au moins sĂ»rs qu’ils n’iront pas se plaindre.

Quand le journaliste se charge aussi de la pub

Mardi 17 octobre 2006

Le bi-hebdomadaire “La RĂ©gion Nord vaudois” est apparu Ă  Yverdon-les-Bains pour tailler des croupiĂšres au supplĂ©ment que 24 Heures a lancĂ© sur ces mĂȘmes terres. Le petit nouveau publie une page “auto-motos” plutĂŽt originale. La partie supĂ©rieure, rĂ©dactionnelle, prĂ©sente une voiture. La moitiĂ© infĂ©rieure est une publicitĂ© consacrĂ©e non seulement Ă  la mĂȘme marque, mais souvent exactement au mĂȘme modĂšle. Soit dit en passant, seule une ligne bleue, sans mention de “publicitĂ©” sĂ©pare les deux parties.

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L’effet est troublant, d’autant plus que la photo (sans indication de source) qui accompagne l’article vient de toute Ă©vidence du distributeur. Encore un beau coup de marketing? Pas vraiment. En fait le journaliste, extĂ©rieur Ă  la rĂ©daction et qui signe sous pseudo, s’occupe lui-mĂȘme de dĂ©marcher la page publicitaire. De temps Ă  autres d’ailleurs, des garagistes par l’odeur allĂ©chĂ©e lui tiennent Ă  peu prĂšs ce langage: “Si votre ramage ressemble Ă  votre plumage, nous pourrions alors partager le fromage”.

Il paraĂźt que ces petites affaires n’affectent pas du tout le contenu des articles, dans lesquels on peine toutefois Ă  trouver quelque critique. On ose Ă  peine imaginer si cela avait de l’influence…

La liberté des bulles

Lundi 16 octobre 2006

Sous le titre “La LibertĂ© est un peu suisse”, “Le Matin Dimanche” du 8 octobre 2006 consacre un article aux 120 ans de la Statue de la LibertĂ© ou plutĂŽt au son et lumiĂšre â€œĂ©tincelant” rĂ©alisĂ© par le crĂ©ateur franco-suisse JĂ©rĂŽme Pasteur. Le lecteur attend moult dĂ©tails sur l’information principale, mais il saura surtout que c’est MoĂ«t et Chandon qui a mandatĂ© le spectacle. La maison champenoise, rĂšvĂšle le journal, lance ainsi sa nouvelle campagne… de communication. De fait, deux images nous montrent les comĂ©diennes Elsa Pataky et Liz Hurley (lĂ©gende: ”aussi pĂ©tillante que le MoĂ«t et Chandon”), trinquant au “champagne de la libertĂ©â€…

Les sous d’Alinghi

Dimanche 8 octobre 2006

PubAlinghiTdGcopy.jpg

Dans la rubrique sportive de la “Tribune de GenĂšve” du 13 septembre 2006, les lecteurs sont invitĂ©s Ă  dĂ©couvrir “le fabuleux univers d’Alinghi”. Sans aucune distance critique, un article fait la promotion d’une manifestation visant Ă  “donner l’occasion au public de dĂ©couvrir de plus prĂšs le Defender de la 32e America’s Cup” (sic). L’illustration prĂ©sente la “zone d’animations interactives”, une infographie de mauvaise qualitĂ©, dont la source est signĂ©e “les organisateurs”. Mais le clou se situe sur la moitiĂ© infĂ©rieure de la page oĂč la proue d’Alinghi se soulĂšve sans gĂȘne dans une pub quadri du sponsor UBS.

PubAlinghiLT copy1.jpgDeux jours plus tard, dans la rubrique sport du “Temps”, l’UBS remet ça, profitant cette fois d’une interview du barreur du voilier concurrent Team New Zealand. Alinghi, Alinghi, Alinghi, le mot magique se voit placĂ© opportunĂ©ment dans trois questions sur douze. Beau travail de marketing, serait-on tentĂ© de dire. Sans doute, mais il entraĂźne une consĂ©quence qui Ă©chappe au lecteur… et au journaliste.

Ce lien (nĂ©gociĂ©) entre pub et rĂ©dactionnel oblige en effet Ă  placer les papiers sur Alinghi en tĂȘte de page, alors que, de l’avis d’un collĂšgue “de l’intĂ©rieur”, leur intĂ©rĂȘt ne mĂ©riterait pas toujours cet emplacement.

20 minutes plus fort que Scotland Yard

Samedi 2 septembre 2006


Le 10 aoĂ»t dernier, Scotland Yard annonçait avoir dĂ©jouĂ© un projet terroriste dont le but Ă©tait de faire exploser une sĂ©rie d’avions long-courriers entre Londres et les Etats-Unis. Le lendemain, 20 minutes avait dĂ©jĂ  dĂ©busquĂ© les auteurs. Dans son Ă©dition du 11 aoĂ»t, le quotidien gratuit publiait en bas de premiĂšre page sa conclusion:

C’Ă©tait un complot mondial d’al-Qaida (Titre 20mn 11.08.2006)


Las, nulle part dans son article, en pages 8 et 9, on ne trouvait la moindre trace d’une amorce de source. Ni mĂȘme de mention d’al-Qaida.
C’est dur de choisir entre appĂąter le chaland et respecter la dĂ©ontologie (art.3 de la dĂ©claration des devoirs: “donner trĂšs prĂ©cisemment comme telles les nouvelles non confirmĂ©es”.

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