Archive pour la catégorie 'prises de position'

Une pĂ©tition pour sauver “Der Bund”

Mardi 13 janvier 2009

Le quotidien “Der Bund” est une part de Berne. Créé il y a 160 ans, il entretient la vie politique, économique, culturelle et sociale du canton. Cette institution est pourtant sérieusement menacée. Si rien n’est entrepris, en mars 2009 le couperet pourrait tomber, condamnant le journal à cesser de paraître dans sa forme actuelle. En effet tout porte à croire que le groupe Tamedia mettra à exécution son plan de fusion des titres  “Der Bund” et “Berner Zeitung”. Un nouveau monopole de presse serait ainsi créé au détriment de la qualité de l’information.

Sauvez le “Bund”! Un comité où figurent des parlementaires fédéraux, des personnalités de la finance et des artistes s’est constitué pour empêcher la mort du quotidien bernois. Une pétition circule sur le site www.rettet-den-bund.ch , qui vise à réunir un maximum de signatures. En vue de soutenir des actions ciblées, des dons peuvent être versés au CCP 60-577443-6

Le rĂ©dacteur en chef de L’Express et L’Impartial est exclu de l’Association neuchâteloise des journalistes

Dimanche 30 novembre 2008

L’Association neuchâteloise des journalistes nous a fait parvenir le communiquĂ© suivant:

“L’Association neuchâteloise des journalistes (ANJ) condamne les agissements de la direction de la SociĂ©tĂ© neuchâteloise de presse (SNP) et exclut de ses rangs le rĂ©dacteur en chef des deux quotidiens neuchâtelois. Elle regrette que le canton ait dĂ» refuser l’octroi du chĂ´mage partiel.”

“RĂ©unis en assemblĂ©e gĂ©nĂ©rale ordinaire Ă  Cortaillod (NE), les membres de l’Association neuchâteloise des journalistes (ANJ), section d’Impressum, ont pris note des dĂ©cisions prises par la direction de la SociĂ©tĂ© neuchâteloise de presse (SNP) Ă  l’issue du mouvement de grève de la rĂ©daction des quotidiens « L’Express » et « L’Impartial ». La totalitĂ© du personnel rĂ©dactionnel, exceptĂ© ses membres alors en vacances ou en arrĂŞt maladie, a vu son salaire de novembre amputĂ© de l’Ă©quivalent d’un jour de travail. En outre, trois collègues ont Ă©tĂ© dĂ©mis de leurs fonctions d’adjoints Ă  la rĂ©daction en chef. Pour deux d’entre eux, la mesure impliquera, Ă  l’issue des mois de dĂ©dite applicables, une perte salariale permanente. En outre, elle affaiblit clairement le staff chargĂ© de piloter la nouvelle formule du journal, censĂ© miser sur la qualitĂ© d’une information rĂ©gionale que dit vouloir viser le rĂ©dacteur en chef Nicolas Willemin.”

“L’ANJ dĂ©nonce avec vigueur les pratiques directoriales de la SNP, de nature Ă  dĂ©stabiliser le personnel des rĂ©dactions et Ă  prĂ©tĂ©riter l’avenir mĂŞme des deux quotidiens.”

“En ce qui concerne le dĂ©classement de StĂ©phane Devaux, dĂ©lĂ©guĂ© de la SociĂ©tĂ© du personnel des rĂ©dactions de « L’Express » et de « L’Impartial » (Sprei), l’ANJ constate qu’elle sanctionne un rĂ©dacteur rĂ©gulièrement Ă©lu par le personnel pour le reprĂ©senter. La sanction qu’il subit, mĂŞme si deux collègues non-membres de la dĂ©lĂ©gation sont Ă  la mĂŞme enseigne, est indĂ©niablement de nature Ă  dissuader Ă  l’avenir d’autres collègues d’accepter un tel mandat, pourtant prĂ©vu par la Convention collective (CCT) qui lie l’Ă©diteur et Impressum. En tant que telle, cette sanction constitue une tentative d’intimidation inadmissible contre un porte-parole qui n’a fait qu’accomplir loyalement le mandat qui lui a Ă©tĂ© confiĂ©.”

“Les agissements de la direction de la SNP ne respectent au demeurant ni l’esprit, ni la lettre des relations entre partenaires sociaux. En prenant de telles mesures, la direction viole le principe de la bonne foi. L’ANJ s’indigne que l’un des signataires d’une convention s’autorise, quelques jours après l’avoir signĂ©e, Ă  prendre des mesures unilatĂ©rales hostiles Ă  l’autre partie.”

“L’ANJ dĂ©plore que la direction de la SNP, au lieu de calmer le jeu et de se battre pour recrĂ©er un climat de travail le plus sain possible – dans l’intĂ©rĂŞt mĂŞme de l’entreprise – ait choisi la voie de l’humiliation et de la division.”

“L’ANJ exige que ces dĂ©cisions soient annulĂ©es et que les Ă©ventuelles restructurations et redĂ©finitions de postes soient l’objet d’un moratoire jusqu’à plus ample informĂ©e sur le projet rĂ©dactionnel.”

“Enfin, l’assemblĂ©e gĂ©nĂ©rale de l’ANJ a votĂ© par 38 oui et une abstention l’exclusion de Nicolas Willemin, rĂ©dacteur en chef de « L’Express » et de « L’Impartial », de sa qualitĂ© de membre de l’ANJ. La dĂ©cision est motivĂ©e par le fait qu’en se rangeant totalement du cĂ´tĂ© de la direction gĂ©nĂ©rale de la SNP, dont il est par ailleurs membre de plein droit, Nicolas Willemin n’a plus sa place dans notre association.”

Association neuchâteloise des journalistes

GrĂ©vistes sanctionnĂ©s Ă  L’Express et L’impartial

Vendredi 28 novembre 2008

La dĂ©lĂ©gation de la sociĂ©tĂ© du personnel des rĂ©dactions de L’Express et L’Impartial (Sprei) a rencontrĂ© Jacques Matthey, directeur gĂ©nĂ©ral de la SNP, mercredi 26 novembre 2008 à 16h30.

Ce dernier lui a communiqué les informations suivantes concernant les conséquences de la grève débutée vendredi 14 novembre à 15 heures.

La direction de la SNP a décidé une retenue de salaire de 1 jour complet pour chaque gréviste, au prorata du temps de travail.
Jacques Matthey a pourtant reconnu que le prĂ©judice Ă©conomique de la grève Ă©tait “faible” pour l’entreprise. Les recettes publicitaires n’ayant pas Ă©tĂ© touchĂ©es.

La Sprei regrette ces mesures de rĂ©torsion qui ne vont pas dans un sens d’apaisement entre la direction et les membres de la rĂ©daction. Elle dĂ©plore que la direction de la SNP, au lieu de calmer le jeu et de se battre pour recrĂ©er un climat de travail le plus sain possible – dans l’intĂ©rĂŞt mĂŞme de l’entreprise – ait choisi la voie de la sanction et de la division.

Elle regrette Ă©galement la dĂ©cision de dĂ©mettre trois collègues de leurs fonctions d’adjoints Ă  la rĂ©daction en chef. Jacques Matthey a justifiĂ© leur dĂ©classement par le fait qu’un cadre doit se ranger du cĂ´tĂ© de la direction, et que ce “statut hybride” ne pouvait ĂŞtre maintenu.

La Sprei condamne la décision prise par la direction de sanctionner financièrement l’ensemble de la rédaction pour fait de grève. Cette grève était une réaction au non respect préalable par la SNP de la CCT et à la non entrée en matière de la direction concernant le chômage partiel.

Par ailleurs, Jacques Matthey a informĂ© la Sprei que la demande de mise au chĂ´mage partiel est toujours Ă  l’Ă©tude auprès du service de l’emploi du canton de Neuchâtel.

 (CommuniquĂ© de la sociĂ©tĂ© du personnel des rĂ©dactions de L’Express et
L’Impartial)

Les journalistes de “L’Express” et “L’Impartial” rendent hommage Ă  leurs collègues sacrifiĂ©s

Vendredi 21 novembre 2008

Ce texte collectif, paru dans les pages de “L’Express” et “L’Impartial” du 21 novembre 2008, se veut aussi un hommage aux quatre journalistes qui ont perdu leur emploi mercredi: Catherine Bex, Alexandre Caldara, Eugenio D’Alessio et Philippe Chopard

Presse régionale

Notre combat pour votre information

«Il faut savoir finir une grève». Dimanche soir à La Chaux-de-Fonds, entre rage et tristesse, le personnel de «L’Impartial» et de «L’Express» met un terme à son action entamée vendredi 14 novembre. L’éditeur vient d’accepter d’entrer en négociation sur le dépôt d’une demande de chômage partiel. Une demande refusée catégoriquement 48 heures auparavant.

Sur la place du Marché, quelque 500 personnes sont venues braver le froid pour soutenir le personnel gréviste. Autant de soutien qui n’ont pas manqué de peser dans un bras de fer bien déséquilibré au départ. Ainsi, les parutions des journaux de samedi et lundi ont laissé penser à certains que le mouvement n’était pas uni. Pourtant les signatures de collègues qui s’y trouvaient n’étaient que celles de journalistes ayant avancé leur travail et non de couards. Aucune plume n’est venue transgresser la décision prise à l’unanimité vendredi par la société du personnel de cesser le travail. Les journalistes ayant quitté leur poste après la non-entrée en matière de la direction, certains articles non terminés ont été retravaillés par «des cadres de l’entreprise». Idem dans l’édition du lundi, où les mêmes cadres ont, cette fois-ci, également commandé des articles à quelques pigistes.  Certains pardonnent, personne n’oublie. Pourtant notre métier, votre information doit vivre. Sur les marchés de La Chaux-de-Fonds et de Neuchâtel samedi, nous nous sommes expliqués, mais nous avons aussi palpé l’inquiétude de la population et répondu à de nombreuses questions sur l’avenir des journaux régionaux. Car au-delà de notre lutte pour sauver l’emploi, vos interpellations ont fait sortir des amphithéâtres le débat sur l’avenir de la presse, l’ont fait descendre dans la rue où se joue votre quotidien. Les études de lectorat ont fait place à un dialogue direct entre rédacteurs et lecteurs. A ceux qui disent que l’on a la presse que l’on mérite, nous pouvons désormais répondre que nos lecteurs ont besoin d’une presse de qualité, régionale et généraliste. Fort de votre soutien, nous ne baisserons pas les bras.

Les journalistes de «L’Express/L’Impartial»

Journalistes mieux armés depuis le 1er juillet 2008

Samedi 30 août 2008

Les journalistes tiennent pour devoir essentiel de s’interdire de confondre le métier de journaliste avec celui de publicitaire, de n’accepter aucune consigne, directe ou indirecte, des annonceurs publicitaires. Ce point a figuré longtemps tel quel à l’article 10 de la Déclaration des devoirs et des droits des journalistes. Jusqu’au jour où le Conseil suisse de la presse (CSP) a statué sur une plainte déposée par info-en-danger, dénonçant l’amalgame croissant des messages rédactionnels et publicitaires. Le CSP a donné raison à info-en-danger et dorénavant, la directive unique sera complétée par d’autres chapitres. La décision adoptée dans ce sens en août 2007 par le Conseil suisse de la presse est entrée en vigueur le 1er juillet 2008.

Extraits:

Directive 10.1 - Séparation entre partie rédactionnelle et publicité

“Une nette sĂ©paration entre la partie rĂ©dactionnelle, respectivement le programme, et la publicitĂ© est impĂ©rative pour la crĂ©dibilitĂ© des mĂ©dias (…). Les journalistes s’abstiennent de transgresser cette sĂ©paration en intĂ©grant de la publicitĂ© clandestine dans leurs articles ou Ă©missions.”

Directive 10.4 - Comptes rendus “Lifestyle”, mention de marques et de produits

“(…) La prĂ©sentation non critique ou dithyrambique d’objets de consommation, la mention plus frĂ©quente que nĂ©cessaire de marques de produits ou de services ainsi que la simple restitution de slogans publicitaires dans la partie rĂ©dactionnelle compromettent la crĂ©dibilitĂ© du mĂ©dia et des journalistes.”

Voilà les journalistes mieux armés, qui plus est défendus dans des préceptes entérinés par leurs employeurs. En effet, les éditeurs viennent de faire leur entrée au Conseil suisse de la presse. Le monde à l’envers? L’avenir dira si cette nouvelle pratique sera respectée.

Charte malmenée

Lundi 17 mars 2008

On reproche leur opacité à certaines professions, comme les banquiers ou les pharmaciens. Mais l’exemple ne vient pas forcément du haut de l’estrade des donneurs de leçons. Regroupés au sein d’une association, les responsables de journaux brillent par leur manque de transparence. A quoi sert, en effet, la Conférence des rédacteurs et rédactrices en chef qui vient d’élire à sa présidence le patron du Matin, Peter Rothenbühler?

Officiellement, l’association se donne pour tâche de favoriser le débat autour de la politique des médias. Mais depuis le début de la décennie, à en croire son site internet, elle n’a pris position que sur un sujet d’actualité, l’affaire Borer. C’était en 2005. L’adoption d’une charte éthique, en 2006, a donné peu de fruits, à ce jour.

La Conférence des rédacteurs et rédactrices en chef a pourtant une responsabilité civique importante. L’an dernier, le Conseil de la presse, dans un arrêt appelé à faire jurisprudence, lui a confié l’importante mission de veiller au respect de la Déclaration des devoirs et des droits du journaliste, une charte que malmène l’intrusion croissante de critères publicitaires dans le contenu rédactionnel.

Saura-t-elle relever le défi? On ne peut que l’y encourager. Reste que la nomination à sa présidence du directeur d’un journal épinglé plus qu’à son tour pour ses entorses au code déontologique de la profession n’incite pas à un optimisme béat.

Christian Campiche*

*Article paru sur www.journaldegeneve.ch

Les embargos, comme les dernières volontés, sont faits pour être respectés. Sauf pour “Le Matin”

Lundi 2 juillet 2007

Parmi les dernières volontés de François Silvant, décédé le jeudi 14 juin, figurait la demande que les médias ne publient pas la nouvelle de sa disparition avant que les proches aient pu prendre congé dans l’intimité.

Le Matin Orange n’a pas cru bon de respecter l’embargo sur l’information et l’a mise en ligne avant tout le monde. La section vaudoise d’impressum a vivement réagi et envisage de saisir le Conseil de la presse.

Extraits de son communiqué de presse daté du 20 juin… que l’ATS n’a pas cru bon de distribuer. Solidarité confraternelle sans doute.

Info en danger

Extrait du communiquĂ© de presse d’impressum Vaud

(…)

Les faits

François Silvant a rendu son dernier souffle le 14 juin dernier, et parmi ses dernières volontés il y avait celle de permettre à ses proches de lui rendre un dernier hommage en toute intimité. Grégoire Furrer, son manager et homme de confiance s’est chargé de communiquer l’information aux médias.

La cérémonie devait avoir lieu le lundi après-midi, dans la plus stricte intimité. Connaissant les délais de bouclage des uns et des autres et désireux de faciliter le travail des rédactions, Grégoire Furrer leur a envoyé un communiqué de presse le matin, avec embargo à 18 heures. Ce délai devait permettre aux proches et à la famille de l’artiste de vivre l’émotion de ce triste moment avant que les médias ne commencent à rendre compte de l’évènement. Tous l’on compris et respecté, à l’exception du «Matin».

A peine le communiqué diffusé, celui-ci se retrouvait en effet en ligne sur le site Internet du «Matin». «Je venais de m’en apercevoir, a relaté Grégoire Furrer à impressum Vaud, quand j’ai reçu l’appel d’un journaliste du «Matin» qui voulait recueillir mon témoignage sur la mort de François. J’ai demandé que le quotidien commence par respecter l’embargo. On m’a dit que c’était fait, je l’ai vérifié, et ensuite j’ai parlé au journaliste. Quand l’entretien a été terminé, j’ai appris que la nouvelle était à nouveau en ligne. J’ai alors appelé Peter Rothenbühler pour lui exprimer mon dépit, lui ai demandé de retirer la dépêche, de respecter la volonté des proches de François… Il m’a répondu que c’était trop tard, qu’il ne pouvait plus revenir en arrière. Que toute la presse suisse romande s’était déjà emparée de l’information et qu’il se devait de respecter son devoir d’information.»

La réaction de la famille

«Ce qu’a fait «Le Matin» est atroce…» Philippe, l’ami de François Silvant, est encore sous le choc, impressum Vaud a recueilli son témoignage. «Le vœux de François était que les obsèques aient lieu dans la plus stricte intimité. Ma famille et moi avons ainsi dû mentir à nos proches pour respecter ses dernières volontés. Même sa vieille tante n’était pas au courant - je ne devais la prévenir qu’une fois la cérémonie terminée - et elle a appris la nouvelle par les médias, en a subi un choc. D’autres proches aussi. C’est inhumain… François, lui, a toujours respecté les médias.»

Manque de respect pour la vie privée

En ne respectant pas cet embargo basé sur des motifs légitimes ayant trait aux volontés de la personne décédée, «Le Matin» a, à notre avis, contrevenu à l’article 4 de la «Déclaration des devoirs et des droits du/de la journaliste», et plus précisément à l’article 4.4 des directives, lequel concerne les embargos. D’autre part, cette attitude entache la réputation des journalistes et leur crédit auprès des sources d’information. L’attitude de Peter Rothenbühler nous semble aussi dénoter d’une forme de mépris pour la confraternité qui devrait être de mise entre les rédactions. impressum Vaud s’inquiète de ce qu’il considère comme un manque d’éthique.

Fin du communiqué

Quand l’info-marchandise tue l’information

Samedi 25 mars 2006

Chasse aux coûts dans les rédactions et recherche effrénée de recettes publicitaires caractérisent aujourd’hui la situation dans la plupart des médias. Cette double injonction, induite par l’approche étroitement financière des éditeurs d’aujourd’hui et par la multiplication des canaux d’information, exerce désormais une pression énorme, inédite et insidieuse sur notre métier d’informer.

A tel point que les règles de base que les journalistes, mais aussi les éditeurs, se sont données sont en train de voler en éclats. Ainsi, les parois réputées étanches entre le rédactionnel et le publicitaire sont devenues poreuses; les sujets ne sont plus choisis en fonction de leur intérêt public, mais pour leur impact émotionnel et commercial; l’organisation même des médias se transforme au profit d’une montée en puissance du marketing, chargé de vendre une marque où tous les messages sont placés sur le même plan: information, jeux, services, encarts publicitaires, etc. Dans ce magma, l’information est moins privilégiée pour ce qu’elle apporte en matière de connaissance et de compréhension de l’environnement proche ou lointain, que pour sa capacité à s’inscrire dans un continuum sans cesse renouvelé, modelé en vue d’attirer et de séduire le client pressé.

Que l’offensive des éditeurs contre les salaires et les conditions de travail des journalistes ait lieu maintenant n’est pas le fruit du hasard. Au-delà des aspects purement financiers, c’est un statut qui est aujourd’hui remis en cause. Un statut qui exige que, dans les entreprises médiatiques, existent des règles garantissant aux rédactions et à ceux qui les composent une autonomie de fait dans l’exercice de la profession. Cette distance a longtemps été jugée nécessaire par les éditeurs eux-mêmes pour qu’il ne puisse y avoir de confusion entre leurs activités marchandes et leur rôle de diffuseur de l’information; elle est toujours considérée comme absolument indispensable par nombre de rédacteurs puisqu’elle leur permet, sur la base des règles déontologiques dont ils se sont librement dotés («Déclaration des devoirs et des droits»), d’assurer leur indépendance à l’égard de tous les pouvoirs, y compris celui de leur employeur. En sachant que cette condition, parce qu’elle garantit la crédibilité des informations, est au cœur de la relation de confiance entre le journaliste et son lecteur (ou auditeur, ou téléspectateur).

Ce n’est certes pas la première fois que les éditeurs sont tentés de réduire, voire de mettre en cause cette autonomie, qu’ils assimilent sans doute à un privilège antinomique avec le discours purement marchand. Mais c’est en revanche la première fois qu’ils cherchent carrément à s’affranchir de leurs obligations contractuelles à l’égard de la profession. Rappelons que c’est déjà chose faite en Suisse alémanique et que la tentation est grande, en Suisse romande aussi, de nier aux journalistes leur spécificité déontologique et collective. Pratiquement, la mise au pas est déjà en œuvre dans les rédactions romandes où la part d’autonomie du journaliste se réduit comme peau de chagrin. La hiérarchie des journaux et (symboliquement) les rédacteurs en chef en première ligne, en parfaite osmose avec les services marketing et publicitaires, sont désormais tendus vers un seul but: faire rentrer la publicité. La rentabilité devient un but en soi. Résultat: dans les rédactions, les journalistes ne sont souvent plus en mesure d’exercer correctement leur métier, soit que le temps fasse défaut, soit que les moyens manquent, soit que leur formation initiale ou continue comporte des lacunes, soit que les conditions morales nécessaires à l’exercice du métier subissent, à l’interne, des atteintes de toute sorte.Il ne s’agit évidemment pas de nier les évolutions profondes qui sont en train de bouleverser le monde de l’information et des médias. Ces changements, les journalistes sont prêts à les accompagner, à s’y impliquer, mais ils n’accepteront pas que cela se fasse au détriment de leur code déontologique. Parce que ceux qui produisent l’information, comme ceux qui la reçoivent, ont besoin de cette garantie, gage de qualité et de crédibilité.

Pierre Meyer, Christian Campiche
Coauteurs de l’appel «Info en danger» adressé aux journalistes de Suisse romande en septembre 2005

Article publié dans l’édition imprimée de “journalistes.ch” n°1 de mars 2006. Site web : www.journalistes.ch

Info en danger: il est minuit moins une!

Jeudi 1 décembre 2005

Malaise dans la profession! La presse écrite remplit de moins en moins son rôle d’information et d’approche critique des événements au profit du divertissement. Des journalistes lancent un appel.

Qui se souvient encore de l’affaire « Bilan » ? En 2000, deux journalistes du magazine économique claquent la porte. Un troisième est congédié. Ils reprochent au nouveau rédacteur en chef des manquements déontologiques. Le patron de la rédaction a notamment accepté des avantages et a accueilli en page rédactionnelle des articles rédigés par le porte-parole d’une entreprise. Interpellé, le Conseil suisse de la presse ne brille pas par une excessive sévérité. Néanmoins il admet que sur neuf griefs de dysfonctionnements, trois violent la Déclaration des devoirs et des droits du/de la journaliste. De fait ce jugement relativement édulcoré ne nuira pas à la carrière de l’intéressé. Bien au contraire. En récompense de ses mérites, le responsable mis en cause recevra peu après une autre rédaction en chef, encore plus prestigieuse, celle d’un hebdomadaire grand public.

A la même époque, le Forum des journalistes économiques, alors présidé par le soussigné, organise une série de débats consacrés aux relations ambiguës qu’entretiennent les médias avec le monde des relations publiques (www.radeaudelameduse.ch, rubrique : débats). Car le cas de “Bilan” est loin d’être unique. D’autres organes de presse se voient confrontés à de tels dérapages. Mais les journalistes ne manifestent pas un intérêt débordant. Le Centre romand de formation des journalistes, quant à lui, décline plus d’une fois l’invitation. Intéressante est la relecture des articles relatant le conflit à l’époque. Peu de titres prennent alors véritablement le parti des rédacteurs démissionnaires. On préfère opposer deux types de journalismes, le puriste et le pragmatique. Parce qu’il met le holà à toute relation incestueuse entre le rédactionnel et la publicité, le premier est assimilé à de la ringardise. En revanche le second est promis à un brillant avenir : sa « tolérance » au flirt avec le monde publicitaire n’est-elle pas motivée par le souci de garantir la viabilité de son journal ?

Cinq ans après, le ton a diamétralement changé. « La réponse des éditeurs à l’affaiblissement du marché publicitaire engendre des concessions toujours plus grandes aux annonceurs au nom de la survie des titres, mais souvent au détriment du rédactionnel », dénoncent plusieurs journalistes romands. Collaborateurs d’une dizaine de titres en Suisse romande, ces derniers ont lancé un appel au mois de septembre 2005, en précisant bien, pour preuve de leur spontanéité, que l’initiative n’émane pas des associations professionnelles impressum et comedia dont ils sont membres.

Adressé à l’ensemble de la profession en Suisse romande, le document intitulé « Presse romande, l’information en danger » stigmatise l’évolution actuelle qui tend à faire du journal un produit de consommation comme un autre. Il déplore dans la foulée « la transformation radicale de la fonction du rédacteur en chef qui (….) cède toujours davantage aux pressions extérieures mettant en danger l’indépendance de la rédaction ».

On mesure à ces propos l’évolution parcourue dans les mentalités. En constatant que « la presse écrite remplit de moins en moins son rôle d’information et d’approche critique des événements au profit du divertissement », les auteurs de l’appel infligent a posteriori un cinglant démenti aux pythies publicitophiles de l’époque. Un sentiment que l’on retrouve partagé unanimement ou presque dans les réactions parvenues à l’adresse ad hoc info_en_danger@yahoo.fr. Plusieurs dizaines de messages provenant aussi bien de jeunes journalistes qui ont une vision exigeante du métier que de consœurs et confrères expérimenté (e)s, voire de « poids lourds » de la profession. Tous confirment que le malaise dans la profession est largement répandu. Il était minuit moins une. Reste à savoir si le dégoût de se prêter à toutes les compromissions sera suffisant pour provoquer le nécessaire retour au statu quo ante. Dans l’ensemble, les employés des rédactions parviendront-ils à surmonter la peur et les menaces de représailles qui s’exercent déjà sur eux ?

Touchons du bois. Des réactions de consœurs et confrères nous parviennent de l’étranger, qui témoignent d’un malaise comparable en France et en Italie où des appels contre le totalitarisme publicitaire ont aussi été lancés. La réflexion est en cours, les idées d’actions concrètes et réalistes ne manquent pas. Les prochains mois risquent de réserver des surprises.

Article de Christian Campiche publié dans l’édition imprimée de “journalistes.ch” n°6 de décembre 2005. Site web : www.journalistes.ch

Presse romande, l’information en danger

Lundi 10 octobre 2005

La presse écrite remplit de moins en moins son rôle d’information et d’approche critique des événements au profit du divertissement. Or une information indépendante et crédible est un droit fondamental du citoyen autant qu’un devoir pour les journalistes et les éditeurs.

Ce rôle central de notre métier, l’information, est désormais en danger.

La réponse des éditeurs à l’affaiblissement du marché publicitaire engendre des concessions toujours plus grandes aux annonceurs au nom de la survie des titres, mais souvent au détriment du rédactionnel. Informer n’est plus l’objectif premier, les stratégies de séduction et de communication uniformes l’emportent trop souvent sur l’information voire tentent de se confondre avec elle. Le journal est devenu un “produit”, mais l’information peut-elle être un produit comme un autre ?

Le symbole le plus fort de cette dérive est la transformation radicale de la fonction du rédacteur en chef, dont le rôle s’inverse : au lieu de représenter la rédaction auprès de l’éditeur, il est toujours plus le représentant de l’éditeur auprès de la rédaction ; Il occupe aussi toujours davantage des fonctions de marketing. Il cède toujours davantage aux pressions extérieures mettant en danger l’indépendance de la rédaction. Il n’est plus non plus un rempart contre la dégradation des conditions de travail ; il arrive même qu’il en soit un acteur.

Cette dérive, qui s’accélère, entraîne une perte des repères professionnels, une précarisation du statut du journaliste. Le manque de personnel, l’absence de formation et de suivi des stagiaires et le cumul des tâches sont les causes d’inexactitudes répétées : sources non vérifiées, textes mal relus et erreurs de faits qui péjorent l’image de la presse. Moins d’argent pour les enquêtes et les reportages, c’est aussi une information appauvrie. Or une information à valeur ajoutée a un prix.

La situation a atteint un point critique. Aujourd’hui, des annonceurs assistent aux séances de rédactions, des journalistes sont forcés de signer des articles de complaisance et pire, certains n’ont même pas conscience de ces compromissions. Se taire ne sert pas notre profession et râler ne suffit plus. Il est urgent de débattre de ces problèmes, il y va de la crédibilité de la profession, du respect de nos lecteurs et de nous-mêmes. Il nous appartient non seulement de défendre mais aussi de revendiquer l’éthique professionnelle, comme le prévoit notre “Déclaration des devoirs et des droits”. Si nous ne le faisons pas, qui le fera ?

Ce texte est le fruit des réflexions d’un groupe de journalistes, collaborateurs d’une dizaine de titres en Suisse romande (La Tribune de Genève, 24Heures, La Liberté, L’Illustré, L’Hebdo, l’Express, L’Impartial, Le Temps, L’Agefi, Le Courrier, Terre et Nature) ainsi que des journalistes libres. Ils n’expriment pas nécessairement leur propre situation, mais une préoccupation pour l’exercice de la profession en général. Nous invitons tous les collègues à lancer le débat au sein de leur rédaction.

Lausanne, le 10 octobre 2005

Ce texte, diffusé à l’automne 2005, est le fruit des réflexions d’un groupe de journalistes romands, en dehors du cadre des associations professionnelles Impressum et Comedia dont ils sont membres.