Archive pour octobre 2006

Arnaque au Matin bleu

Mardi 31 octobre 2006

Affichette Matin bleuLe Matin Bleu, 30 octobre 2006

Lundi 30 octobre, le Matin bleu titrait son affichette “Attention: arnaque Ă  la carte bonus!” Bigre, vite lisons l’article, page 3, titrĂ© “Nouvelle arnaque dans les transports publics: le trafic des cartes Ă  bonus”. On imagine le pire car, pour celles et ceux qui l’auraient oubliĂ©, arnaque signifie “escroquerie, vol”, et par extension “artifice, tromperie”. Le Matin bleu a donc levĂ© un liĂšvre. PremiĂšre phrase: “Les femmes qui achĂštent des billets de bus aux distributeurs avec une carte bonus pour les revendre aux passagers procĂšdent en toute lĂ©galitĂ©”. Ah bon.
Qu’en est-il alors du “trafic”, qui veut dire dans son sens moderne “commerce plus ou moins clandestin, honteux et illicite”?

L’articulet nous apprend simplement que des femmes proposent aux voyageurs des Transports publics genevois (TPG) de tirer, au moyen d’un abonnement, le titre de transport qu’ils s’apprĂȘtent Ă  acheter, pour en encaisser le prix. Elles “gagnent” ainsi 4 francs par abonnement de 50 francs.

De trafic pas l’ombre, ces dames rendent mĂȘme un fier service aux voyageurs dĂ©munis de monnaie en leur fournissant billet… et monnaie. Ce que les distributeurs ne font pas, et ça c’est une vraie arnaque. Mais ça, ce n’est pas dans le Matin bleu.
MĂȘme la porte-parole de la police l’assure, “ses (sic) femmes agissent dans la lĂ©galitĂ©”. De plus, apprend-on, “contrairement aux idĂ©es reçues, ces personnes ne se font pas d’argent sur le dos de l’aide sociale, car l’Hospice gĂ©nĂ©ral dĂ©livre uniquement des abonnements nominatifs”.

Pas de sujet donc, mais il ne reste plus qu’Ă  ajouter une louche de perfidie en prĂ©cisant qu’il s’agit “la plupart du temps” de femmes “d’origine Ă©trangĂšre” pour faire la connection avec arnaque et trafic, et voilĂ  le travail.

On imagine l’effet de ces affichette sur la place Cornavin, ce lundi 30 octobre. Mais quelle importance de calomnier les pauvres gens, on est au moins sĂ»rs qu’ils n’iront pas se plaindre.

Quand le journaliste se charge aussi de la pub

Mardi 17 octobre 2006

Le bi-hebdomadaire “La RĂ©gion Nord vaudois” est apparu Ă  Yverdon-les-Bains pour tailler des croupiĂšres au supplĂ©ment que 24 Heures a lancĂ© sur ces mĂȘmes terres. Le petit nouveau publie une page “auto-motos” plutĂŽt originale. La partie supĂ©rieure, rĂ©dactionnelle, prĂ©sente une voiture. La moitiĂ© infĂ©rieure est une publicitĂ© consacrĂ©e non seulement Ă  la mĂȘme marque, mais souvent exactement au mĂȘme modĂšle. Soit dit en passant, seule une ligne bleue, sans mention de “publicitĂ©” sĂ©pare les deux parties.

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L’effet est troublant, d’autant plus que la photo (sans indication de source) qui accompagne l’article vient de toute Ă©vidence du distributeur. Encore un beau coup de marketing? Pas vraiment. En fait le journaliste, extĂ©rieur Ă  la rĂ©daction et qui signe sous pseudo, s’occupe lui-mĂȘme de dĂ©marcher la page publicitaire. De temps Ă  autres d’ailleurs, des garagistes par l’odeur allĂ©chĂ©e lui tiennent Ă  peu prĂšs ce langage: “Si votre ramage ressemble Ă  votre plumage, nous pourrions alors partager le fromage”.

Il paraĂźt que ces petites affaires n’affectent pas du tout le contenu des articles, dans lesquels on peine toutefois Ă  trouver quelque critique. On ose Ă  peine imaginer si cela avait de l’influence…

Le philosophe et les médias, entretien avec Michel Serres

Mardi 17 octobre 2006

Notre partenaire français “alliance.net” nous signale un numĂ©ro de l’hebdomadaire “La Croix” qui commence une grande enquĂȘte sur “ce qui va mieux dans le monde”. Une occasion de se pencher sur le fonctionnement des mĂ©dias et sur leur propension Ă  rapporter d’abord les mauvaises nouvelles. La rĂ©daction s’est notamment entretenue avec le philosphe Michel Serres, un entretien passionnant

www.la-croix.com/preview/article2.jsp?docId=2283762

La liberté des bulles

Lundi 16 octobre 2006

Sous le titre “La LibertĂ© est un peu suisse”, “Le Matin Dimanche” du 8 octobre 2006 consacre un article aux 120 ans de la Statue de la LibertĂ© ou plutĂŽt au son et lumiĂšre â€œĂ©tincelant” rĂ©alisĂ© par le crĂ©ateur franco-suisse JĂ©rĂŽme Pasteur. Le lecteur attend moult dĂ©tails sur l’information principale, mais il saura surtout que c’est MoĂ«t et Chandon qui a mandatĂ© le spectacle. La maison champenoise, rĂšvĂšle le journal, lance ainsi sa nouvelle campagne… de communication. De fait, deux images nous montrent les comĂ©diennes Elsa Pataky et Liz Hurley (lĂ©gende: ”aussi pĂ©tillante que le MoĂ«t et Chandon”), trinquant au “champagne de la libertĂ©â€…

Les sous d’Alinghi

Dimanche 8 octobre 2006

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Dans la rubrique sportive de la “Tribune de GenĂšve” du 13 septembre 2006, les lecteurs sont invitĂ©s Ă  dĂ©couvrir “le fabuleux univers d’Alinghi”. Sans aucune distance critique, un article fait la promotion d’une manifestation visant Ă  “donner l’occasion au public de dĂ©couvrir de plus prĂšs le Defender de la 32e America’s Cup” (sic). L’illustration prĂ©sente la “zone d’animations interactives”, une infographie de mauvaise qualitĂ©, dont la source est signĂ©e “les organisateurs”. Mais le clou se situe sur la moitiĂ© infĂ©rieure de la page oĂč la proue d’Alinghi se soulĂšve sans gĂȘne dans une pub quadri du sponsor UBS.

PubAlinghiLT copy1.jpgDeux jours plus tard, dans la rubrique sport du “Temps”, l’UBS remet ça, profitant cette fois d’une interview du barreur du voilier concurrent Team New Zealand. Alinghi, Alinghi, Alinghi, le mot magique se voit placĂ© opportunĂ©ment dans trois questions sur douze. Beau travail de marketing, serait-on tentĂ© de dire. Sans doute, mais il entraĂźne une consĂ©quence qui Ă©chappe au lecteur… et au journaliste.

Ce lien (nĂ©gociĂ©) entre pub et rĂ©dactionnel oblige en effet Ă  placer les papiers sur Alinghi en tĂȘte de page, alors que, de l’avis d’un collĂšgue “de l’intĂ©rieur”, leur intĂ©rĂȘt ne mĂ©riterait pas toujours cet emplacement.