Archive pour mars 2008

Charte malmenée

Lundi 17 mars 2008

On reproche leur opacité à certaines professions, comme les banquiers ou les pharmaciens. Mais l’exemple ne vient pas forcément du haut de l’estrade des donneurs de leçons. Regroupés au sein d’une association, les responsables de journaux brillent par leur manque de transparence. A quoi sert, en effet, la Conférence des rédacteurs et rédactrices en chef qui vient d’élire à sa présidence le patron du Matin, Peter Rothenbühler?

Officiellement, l’association se donne pour tâche de favoriser le débat autour de la politique des médias. Mais depuis le début de la décennie, à en croire son site internet, elle n’a pris position que sur un sujet d’actualité, l’affaire Borer. C’était en 2005. L’adoption d’une charte éthique, en 2006, a donné peu de fruits, à ce jour.

La Conférence des rédacteurs et rédactrices en chef a pourtant une responsabilité civique importante. L’an dernier, le Conseil de la presse, dans un arrêt appelé à faire jurisprudence, lui a confié l’importante mission de veiller au respect de la Déclaration des devoirs et des droits du journaliste, une charte que malmène l’intrusion croissante de critères publicitaires dans le contenu rédactionnel.

Saura-t-elle relever le défi? On ne peut que l’y encourager. Reste que la nomination à sa présidence du directeur d’un journal épinglé plus qu’à son tour pour ses entorses au code déontologique de la profession n’incite pas à un optimisme béat.

Christian Campiche*

*Article paru sur www.journaldegeneve.ch

Le rugissement d’un vrai journaliste

Lundi 17 mars 2008

Aux éditions Zoé, Marlyse Pietri a renvoyé le manuscrit à son auteur. Il faut donc remercier l’éditeur Slatkine d’avoir eu le ventre d’accepter de publier ce puissant  plaidoyer pour le journalisme qui vaut mieux que la page “maison et jardin” consacrée à Roger de Diesbach dans le dernier cahier économique d’un hebdomadaire du dimanche. Un comble pour ce journaliste qui se bat contre la futilité dans les médias, justement.

Il est vrai qu’un journal placé au centre de la société du Produit, où la pub et le rédactionnel copulent sans pudeur, peut difficilement cautionner les propos rugueux tenus par le journaliste fribourgeois dans ce livre dont les quarante chapitres sont autant d’hommages à l’information critique et au travail d’investigation. Du trésor du FNL à la bombe Pilatus, en passant par Genoud, Tannouri, Nestlé, Mobutu, les fonds juifs ou le Sri Lanka,  quarante histoires de l’histoire d’un article ou d’une série d’articles, à mettre en exergue dans les écoles de journalisme.

Roger de Diesbach a toujours détesté le conformisme dans les rédactions, il ne méprise rien tant que les géraniums dans les sanatoriums. “On ne peut pas faire le journalisme d’investigation sans esprit critique, sans aller à contre-courant, casser des certitudes, sans prendre le contre-pied des dogmes de l’officialité, sans un sens certain de la provocation”.

L’ouvrage est aussi un regard sans concession sur le monde de l’édition et les bagarres fort peu chevaleresques qui l’animent. Toutes les bassesses, tous les coups sont permis dans ce secteur qui cultive un goût maladif du secret. A l’instar du citoyen Kane, les gens de presse ont horreur du regard extérieur, et pour cause. Leurs motivations ne sont pas toujours aussi nobles que le voudrait une information au service d’un idéal.

Captivé, le lecteur de la Lettre hebdomadaire le sera sans doute par le chapitre consacré au “Journal de Genève et Gazette de Lausanne” dont l’auteur confirme à plusieurs reprises qu’il a été assassiné. Diesbach pèse ses mots, il a travaillé plusieurs années dans ce quotidien où il a réussi en partie à révolutionner les méthodes de travail en les orientant vers un journalisme moins inféodé aux diktats d’une caste d’enfants gâtés. Au moment de la mise à mort du Journal, il avait déjà quitté le navire depuis deux ans, embarqué sur le voilier de “La Liberté”. Mais son esprit n’a jamais vraiment quitté la rue de Hesse, comme en témoignent ses appels au sauvetage et à l’indépendance du titre, écrits depuis Fribourg.

Christian Campiche

“Presse futile, Presse inutile - Plaidoyer pour le journalisme” par Roger de Diesbach, Slatkine 2007, 472 pages.