Archive pour mai 2008

«Au nom de tous les Romands»

Vendredi 30 mai 2008

Dans son journal, le rédacteur en chef du Matin s’excuse auprès de l’entraîneur de l’équipe de France de football. Il le fait «au nom de tous les Romands». «Cher Raymond Domenech, je vous demande pardon, à vous, à l’équipe de France et à tous ces Français qui sont choqués par les messages négatifs apparus ces jours sur les sites Internet romands».

«Au nom de tous les Romands», M. Rothenbühler pourrait aussi demander au Saint-Père la grâce éternelle pour les pécheurs démocrates chrétiens valaisans, pendant qu’il y est. Et puisqu’il vient de Bienne et que sa langue maternelle est le suisse allemand, pourquoi n’exigerait-il pas du conseiller fédéral Moritz Leuenberger qu’il ferme l’aéroport de Zurich pour faire de Cointrin l’«Unique» plate-forme helvétique ?

Cher Peter Rothenbühler, je vous demande pardon, mais vous prenez vos lecteurs pour des moutons de Panurge, avec vos jugements et vos conseils à l’emporte-pièce. Et de quel droit, je vous prie, vous appropriez-vous la conscience de vos concitoyens pour envoyer des messages au monde?

Je le sais bien, outre Sarine, certains démagogues vous présentent comme un faiseur d’opinion. Vous seriez à la presse de boulevard lémanique ce que M. Frank A. Meyer est au Blick. Vous avez souvent les honneurs de la télévision. Vous avez surtout de la chance que votre éditeur, ne maîtrisant pas toutes les subtilités de la langue allemande, vous charge de le représenter au sein du «Filz», la bonne société zurichoise. Sans cela, il y a longtemps qu’il vous aurait remercié «au nom de tous les Romands».

Christian Campiche*

*Article paru sur www.journaldegeneve.ch

Le plat rĂ©chauffĂ© de la TSR - La chute de Christoph Blocher: c’est bon pour l’audience, coco

Vendredi 9 mai 2008

Sous prétexte de nourrir le débat de ce côté-ci de la Sarine, la Télévision suisse romande a donc décidé de diffuser dimanche 4 mai le documentaire de sa consoeur alémanique sur la non réélection de Christoph Blocher.

On sait que cette émission a suscité de violentes réactions dans l’électorat UDC et conduit ce parti, jusque-là bien silencieux, à lancer sa campagne de démolition de Mme Widmer-Schlumpf. On sait aussi que ce film ne mérite pas le qualificatif de documentaire, tant il vise à créer l’événement plutôt que de le documenter: mise en scène, découpage et commentaires, à quoi il faut ajouter quelques propos maladroits de certains acteurs du 12 décembre dernier, tout concourt à suggérer un véritable thriller soigneusement planifié. Alors qu’en réalité, la non réélection du ministre de la justice fut la conséquence d’un bricolage manigancé à la dernière minute.

La diffusion de ce film sur la chaîne romande n’éclaire donc en rien l’histoire du 12 décembre. Tout au plus permet-elle à quelques esprits exaltés de justifier la rage qui les habite depuis l’éviction de leur héros. L’adjonction d’un débat avec des protagonistes qui ne font que répéter leurs thèses n’ajoute aucune plus-value à l’opération. La TSR ne nous offre qu’un plat réchauffé, bien dans la ligne de son émission Infrarouge qui privilégie le spectacle polémique au détriment du contenu informatif.

Jean-Daniel Delley
Domaine Public, No 1178
http://www.domainepublic.ch/pages/dp1778.htm

Pubs et rédactionnel: l’aveu d’Anne de la Forest

Mardi 6 mai 2008

Info-en-danger a retranscrit un débat enregistré sur Gazette d’arrêt sur images, No 18

Daniel Schneidermann: “Les magazines féminins font-ils de l’information des lectrices ou sont-ils d’immenses catalogues publicitaires. Les articles ne sont-ils que des alibis pour justifier les petits cadeaux?”

Anne de la Forest (rédactrice en chef du magazine féminin français DS: “Arrêtez de parler de cadeaux. Notre travail, c’est de tester les produits de beauté. On est gâtées, je l’avoue. Je veux défendre la presse féminine. On est un moment de détente.”

Daniel Schneidermann (se saisissant d’un numĂ©ro du magazine): “On est un peu perdu. Sont-ce des pages rĂ©dactionnelles ou des pubs? Ces rubriques, “On a aimĂ©, on n’a pas aimĂ©, ou plutĂ´t on aime moins”, parce qu’on ne peut pas dire qu’on n’a pas aimĂ©, bien sĂ»r…” (sourire entendu).

Evelyne Vermorel (ex-rédactrice en chef Beauté Madame Figaro): “Je constate une grande dégradation dans la presse. Quand j’ai commencé dans le métier, c’était en 1973 au “Point”, la presse informait. Aujourd’hui, elle montre. On a glissé. C’est un show.”

Jean-Baptiste Rivoire (Canal Plus): “Il y a le risque que ces articles perdent en crédibilité. A force de dire n’importe quoi, le magazine pourrait bien tomber des mains des lectrices”.

Anne de la Forest: “Ce qui ne marche pas, on n’en parle pas. Je n’ai pas intérêt à faire du mal aux marques qui me permettent de faire mon magazine”.

Quel aveu!

Info-en-danger