Licenciements chez Edipresse: le rythme fatal*

3 novembre 2009

Terminée, la crise? Allez le raconter aux autres, pas aux journalistes! Ni aux imprimeurs. Encore moins aux régies d’annonces. Et dire que la publicité est censée devancer l’évolution conjoncturelle! D’autres secteurs n’auraient donc encore rien vu?

Les médias mangent leur pain noir. Comme la couleur du nuage qui s’est échappé des soutes du navire amiral Edipresse, il y a quelques jours. Deux explosions dans un transformateur enchaîné aux chevilles du colosse ont suffi à déstabiliser l’alimentation en électricité du centre de Lausanne. Cette âcre fumée était aussi un mauvais présage.

Edipresse sacrifie 10% de ses effectifs et Tamedia prétend n’être pour rien dans ce carnage. On veut bien, mais il faut quand même faire preuve de naïveté pour croire que le groupe zurichois se tient en observateur absolument passif. Pourquoi ses comptables attendraient-ils jusqu’en 2011, date de la remise du trousseau de clés au complet, pour demander l’accès aux passages secrets de l’empire lémanique? Tout acquéreur sensé, surtout s’il débourse plusieurs centaines de millions, vérifie tout de suite l’état réel de santé de sa nouvelle conquête. Que découvriront les inspecteurs de M. Subino, le patron de Tamedia? Nul ne le sait encore, mais ce ne sera certainement pas l’antre de Crésus.

Ce massacre du 9 octobre restera gravé dans les mémoires car le cas d’Edipresse n’est malheureusement pas isolé et symbolise la fin d’une ère pour la presse romande. Celle où les journaux parvenaient à octroyer à leur personnel des conditions de travail décentes, compatibles avec les exigences d’une information crédible.

Suppressions d’emplois, mises à la retraite anticipée, non-remplacements et autres dommages irréversibles pour cause de mobbing s’enchaînent aujourd’hui partout à un rythme fatal. Cumulées, ces entraves rendent la mission civique des journalistes impossible.

Christian Campiche

* Article paru dans La Liberté du 10 octobre 2009, dans la revue EDITO (No 4 2009) et sur le site www.lameduse.ch

«Le Temps»: Santé, M. Burkhalter!

31 octobre 2009

SantĂ©, M. le nouveau Conseiller fĂ©dĂ©ral! Le Temps Ă©lectronique du 30 octobre 2009 publie un article sur Didier Burkhalter (accès gratuit, mais il faut s’enregistrer) contenant de la publicitĂ© un peu dĂ©placĂ©e. Le nom d’un domaine viticole neuchâtelois devient un lien http://www.chateau-auvernier.ch/ qui mène au website de l’entreprise. Un petit service Ă  un copain ou le rĂ©sultat d’une bonne petite bouteille?

Salut Roger, et merci!

22 septembre 2009

Ils sont nombreux, les journalistes, à porter le deuil. L’homme qui vient de mourir d’un cancer à l’âge de 65 ans était pour beaucoup d’entre eux un frère, mieux un père. Une école à lui tout seul, Roger de Diesbach. Un mentor du journalisme d’investigation qui s’est efforcé sans relâche de façonner à son idéal toute une génération de professionnels de l’information en Suisse romande mais aussi au delà.

Car l’aura du personnage dépassait les frontières de sa chère Sarine. Issu d’une noble famille fribourgeoise, fils et petit-fils de militaire, Roger de Diesbach regrettait une enfance trop corsetée à son goût, marquée par des séjours à l’internat dont il était sorti meurtri. Le journalisme fut, pour lui, d’abord un exutoire, ensuite une véritable vocation. A l’ATS où il fit ses premières armes, ainsi qu’à la Tribune de Lausanne (l’ancêtre du Matin), il se révéla d’emblée comme un enquêteur hors pair. Les sujets mêlant les intrigues de l’armement et de l’économie avaient sa préférence. Mais c’est au sein du Bureau de reportage et de recherche de l’information, le BRRI, qu’il a fondé dans les annés quatre-vingt, puis au Journal de Genève qu’il donna toute la mesure de son talent de formateur. Combien de reporters aguerris, combien de plumes critiques n’ont pas trouvé une référence dans sa manière de travailler, empreinte de minutie et de ténacité.

Roger de Diesbach savait exploiter ses relations et soigner ses sources. Il choisissait ses collaborateurs au mépris des conventions et du qu’en dira-t-on. Venant de lui et prononcée avec tendresse, l’expression “sale type” était un compliment. Les chasseurs de scoop avaient droit à son respect. Amoureux de Fribourg et de sa faune, il ne se lassait pas d’emmener l’hôte de passage dans les rues basses où il tutoyait tous les piliers de bistrot.

Sous son règne, La Liberté a connu une croissance sans précédent, multipliant les accords avec d’autres titres. Roger de Diesbach ambitionnait de faire un journal couvrant plusieurs régions, de Berne à Genève. Seule la maladie a pu interrompre ce rêve.

Il Ă©tait aussi un pilier d’Info en danger, tout naturellement. Salut, Roger, et merci!

L’info-divertissement vue par Stephff

15 juillet 2009

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La presse neuchâteloise recrute des amateurs!

29 juin 2009

Annonce parue les 7 et 8 avril 2009. Après s’ĂŞtre sĂ©parĂ©e de plus d’une douzaine de journalistes de L’Express, de L’Impartial et du Courrier Neuchâtelois, La SociĂ©tĂ© Neuchâteloise de Presse (SNP) recrute des “collaborateurs rĂ©dactionnels” - autant dire: des amateurs - pour rĂ©diger des articles payĂ©s entre 20 et 50 francs…

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Michael Jackson Ă  la Une

26 juin 2009

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Lu ailleurs: “LicenciĂ©s au Tagi parce que syndicalistes”

23 juin 2009

“Nous sommes un pays dĂ©mocratique, pluraliste, civilisĂ©, fondĂ© sur le partenariat social. Les militants syndicaux, on ne les bute pas en Suisse: on les licencie.”

“Le plus grand groupe de presse de Suisse, Tamedia, a licenciĂ© les deux prĂ©sidents des commissions du personnel de ses deux principaux quotidiens payants, le “Tages Anzeiger” et le “Bund”. Officiellement, leur activitĂ© syndicale n’y est pour rien: ils font simplement partie d’une charrette de soixante licenciĂ©s pour raisons Ă©conomiques (alors que le groupe a rĂ©alisĂ© 106 millions de bĂ©nĂ©fices en 2008). Mais, malencontreux hasard, ils ont Ă©tĂ© licenciĂ©s deux jours après une manifestation d’employĂ©s des deux journaux, en plein processus de fusion.”

“Un hasard, on vous dit. Et contre le hasard, que peut le gouvernement, Ă  part signer un «partenariat» pour dĂ©fendre les droits syndicaux chez les autres ? Le Conseil fĂ©dĂ©ral refuse de prĂ©voir dans la loi suisse la rĂ©intĂ©gration des syndicalistes licenciĂ©s parce que syndicalistes.”
(Extrait de l’éditorial de Pascal Holenweg sur son blog http://causetoujours.blog.tdg.ch)

Rapport d’activité 2008-2009

16 juin 2009

Rapport d’activitĂ© 2008-2009 d’info-en-danger, prĂ©sentĂ© lors de l’assemblĂ©e gĂ©nĂ©rale du 3 juin 2009 Ă  Lausanne

Une année s’est écoulée depuis notre dernière AG qui s’est tenue le 22 mai 2008. Depuis le monde a vécu un krach boursier auquel s’est ajouté un krach médiatique. Je ne vais pas énumérer le nombre de rédactions qui ont fait l’objet de mesures douloureuses, voire le nombre de titres qui ont tout simplement disparu de la scène. En Suisse romande, l’événement le plus spectaculaire est évidemment la reprise d’Edipresse par le groupe zurichois Tamedia. Mais il ne faut pas sousestimer non plus les nuages qui s’accumulent sur les médias audiovisuels - radio-TV - en proie à la convergence, aimable métaphore pour parler de fusion.

Dans ce climat délétère, notre association a joué son rôle à plusieurs degrés. Je rappelle que les statuts d’info-en-danger, adoptés en 2006, lui donnent comme buts “la défense de l’éthique journalistique, de la liberté d’expression et de la dignité de la profession de journaliste, telles que définies dans la Déclaration des devoirs et des droits des journalistes”. Or il est clair que les difficultés auxquelles sont confrontés les médias, qui se traduisent par des réductions d’effectifs et des mesures d’économies tous azimuts, ne constituent pas les conditions idéales à la réalisation de ces objectifs.

Pour la première fois, des confrères en difficulté ont pu bénéficier de l’infrastructure  logistique patiemment mise en place par info-en-danger par le biais de son site internet www.infoendanger.net. Je pense bien sûr aux journalistes de “L’Express” et “L’Impartial” qui se sont mis en grève en novembre dernier, en réaction à la quinzaine de licenciements, 20% de l’effectif, annoncée par la direction. Notre site a véhiculé plusieurs dizaines des messages de soutien aux consoeurs et confrères neuchâtelois. Des témoignages souvent poignants provenant de tous les milieux du lectorat. A noter que l’action d’infoendanger n’est pas passée inaperçue hors de notre landerneau puisqu’elle a été relayée notamment dans “Le Matin Dimanche”.

Fait marquant pendant la grève, les calicots n’exprimaient pas la recherche de la pitié, le pauvre journaliste touché par la crise, mais mettaient en garde contre les atteintes à la qualité rédactionnelle. J’y vois là, et cela m’a été confirmé par l’un ou l’autre des journalistes de neuchâtelois, une conséquence positive de l’action d’info-en-danger dont l’un des chevaux de bataille est la défense de la démocratie qui passe par l’exigence du travail professionnel non inféodé aux directives des annonceurs et du marketing.

Une autre activité d’info-en-danger est sa présence dans les débats sur la presse. En 2008, nous avons continué notre mission de pélerinage au hasard de manifestations en Suisse romande. C’est ainsi que le 24 septembre 2008, j’ai été invité à débattre de la concentration des médias au Club 44 à la Chaux-de-Fonds dans le cadre du 140e anniversaire du journal “Le Courrier”. Le 14 mars dernier, c’est Gauchebdo qui organisait une table ronde devant un large public à Renens sur le thème de la diversité de la presse. Chaque fois, il y avait de l’autre côté de la table un représentant des éditeurs.

Les articles, enfin. En septembre 2008, j’ai Ă©crit dans “Universitas”, l’organe de l’UniversitĂ© de Fribourg. Le thème: “L’info, sacrifiĂ©e au dieu consumĂ©riste”, oĂą je reprends les thèmes chers Ă  l’info-en-danger. En novembre 2008, c’est dans un travail de maturitĂ©… en allemand “Medien und Manipulation - Der Einfluss der Französischen Zeitungen” que nos thèses ont Ă©tĂ© citĂ©es. Les auteures: Elvira Molnar et Sarah Golaz, du Gymnase Auguste Piccard Ă  Lausanne.

Un regret personnel, pour conclure. Je m’étais promis, l’an dernier à la même époque, de suivre la Conférence des rédacteurs en chef, un promontoire dont la responsabilité n’est pas moindre dans le combat que nous menons pour la qualité de l’information. Cette enceinte a un nouveau président en la personne de Peter Rothenbühler. Faute de temps, je n’ai pas pu remplir cette mission. Ce n’est que partie remise, je l’espère.

Christian Campiche, membre du comitĂ© d’info-en-danger

Grippe porcine: les médias en font-ils trop?

10 mai 2009

Dessin de Stephff

Lettre ouverte à Luc Petitfrère, responsable du Matin online

15 mars 2009

Nous rĂ©percutons ici une initiative de l’auteur du blog romand d’observation des mĂ©dias Piques et rĂ©pliques:

Monsieur le rédacteur,

Ces dernières semaines, votre site Internet a publiĂ© Ă  trois reprises avec fracas et gros titres des informations qui se sont avĂ©rĂ©es rapidement fausses pour l’essentiel. Vous avez annoncĂ© qu’une jeune femme avait Ă©tĂ© agressĂ©e et lacĂ©rĂ©e au cutter par des skinheads, puis qu’un enfant de 5 ans avait poignardĂ© sa sĹ“ur pour un jeu vidĂ©o. Comme si cela ne suffisait pas, alors que vous auriez dĂ» commencer Ă  vous mĂ©fier de ce genre de choses, vous avez encore affirmĂ© qu’un inconnu avait fait irruption dans un parking et tuĂ© une jeune fille Ă  bout portant sans raison apparente.

Bien sĂ»r, d’autres journaux et sites Internet ont Ă©galement rapportĂ© ces fausses informations. Toutefois, seul votre journal l’a fait Ă  chaque fois et surtout sans user ni de points d’interrogation, ni du conditionnel, ni en Ă©mettant des rĂ©serves quant Ă  la vĂ©racitĂ© des faits. Vous semblez donc prĂŞt Ă  persister sur la mĂŞme voie et Ă  continuer Ă  publier rĂ©gulièrement de pareilles allĂ©gations comme si elles Ă©taient d’ores et dĂ©jĂ  confirmĂ©es. C’est contre toute dĂ©ontologie journalistique.

Mais vous ne vous contentez pas de publier impunĂ©ment des informations frelatĂ©es. En effet, lorsque des internautes viennent Ă©voquer ces manquements en inscrivant un commentaire critique sur votre site, vous vous dĂ©pĂŞchez de le faire disparaĂ®tre, pratiquant ainsi la censure plutĂ´t que la modĂ©ration. J’ai moi-mĂŞme fait l’expĂ©rience de votre pratique lundi passĂ© en intervenant Ă  plusieurs reprises pour signaler que les informations publiĂ©es Ă©taient rĂ©gulièrement fausses. A chaque fois, mes messages ont Ă©tĂ© supprimĂ©s alors qu’ils ne contenaient aucun propos contraire Ă  la charte de votre site. Finalement, vous avez mĂŞme Ă©tĂ© jusqu’Ă  supprimer mon identifiant.

Par contre, vous tolĂ©rez sans aucune difficultĂ© un nombre invraisemblable de messages haineux et d’Ă©changes rĂ©pugnant parmi ces commentaires. Vous semblez ainsi favoriser l’expression d’Ă©motions agressives au dĂ©triment des critiques rationnelles affectant vos Ă©crits. Je tiens d’ailleurs Ă  prĂ©ciser que je me fais aussi le porte-parole des nombreux internautes qui dĂ©noncent votre pratique de la censure et qui voient eux aussi rĂ©gulièrement leurs messages disparaĂ®tre. On a donc droit Ă  deux marques de manque de respect vis-Ă -vis du lecteur : les informations non fondĂ©es, puis la sĂ©lection très discutable des commentaires. Ces pratiques injustifiĂ©es ne font pas honneur Ă  votre profession.

Je souhaiterais vraiment que vous ayez l’obligeance et le courage de prendre position clairement sur les faits Ă©noncĂ©s ici. En espĂ©rant que vous aurez la courtoisie de me rĂ©pondre, je vous prie d’agrĂ©er, Monsieur le rĂ©dacteur, mes salutations distinguĂ©es

Daniel Schöni Bartoli
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